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Un témoignage

Un camp d’été en Belgique

L’Europe s’élargit, cherche à se doter d’un Traité Constitutionnel, mais combien de Français se sentent-ils Européens, que signifie l’Europe pour un citoyen d’un Etat membre ?

Apprendre à se connaître, découvrir de nouvelles cultures, c’est ce que tous les participants au camp d’été VIEWS (Visually Impaired Educational World Support) désiraient et ont fait pendant trois semaines. Nous venions de sept pays différents : Belgique, France, Italie, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie). Notre point commun : nous étions tous étudiants, certains dans le secondaire mais la majorité à l’université. Pour la plupart, nous avions des problèmes visuels, même si, théoriquement, chaque groupe (appelons groupe les jeunes venant d’un même pays) devait compter au moins une personne voyante, et ce pour éviter de n’être qu’entre déficients visuels. Nous nous sommes rencontrés à Louvain-la-Neuve,en Belgique, le premier août, trois mois jour pour jour après l’élargissement de l’Union à 25 ! Les activités proposées étaient très variées et leurs organisations réparties entre VIEWS et les participants.

Ainsi, tous les matins, du mardi au vendredi, des cours d’anglais et de français étaient proposés, à raison de trois heures : une heure et demi par langue. Les anglophones et les francophones n’avaient donc qu’une heure et demi de cours. L’enseignante de français étant Belge et les professeurs d’anglais Polonais, il était impossible à la majorité d’entre nous de passer par notre langue maternelle pour demander des explications lorsque nous ne comprenions pas. Cela m’a paru très efficace pour progresser.

De plus, un après-midi sur deux, un groupe était chargé d’organiser une présentation de son pays et un dîné (que les Belges appellent souper ) typique suivi d’une soirée. Après la présentation, l’après-midi, nous avions le choix entre diverses activités : la natation, le chant, le modelage et le jogging étaient proposés par les organisateurs de VIEWS, tandis que l’accordéon, la guitare et l’orgue électronique étaient proposés par des participants. Les autres après-midi, les activités nous étaient proposées par les organisateurs de VIEWS : de nombreux intervenants extérieurs sont venus discuter avec nous de différents sujets de société, en nous proposant de poser des questions et de débattre. Nous avons ainsi parlé des relations affectives et sexuelles, des régimes alimentaires, du maquillage et du « relooking », de l’image de soi, tout cela en présence de spécialistes de chaque question. Pendant un après-midi, nous avons également eu accès à des ordinateurs équipés du logiciel de lecture vocale d’écran JAWS. Une participante, étudiante en droit communautaire, nous a même permis de mieux connaître l’Union Européenne en nous présentant son histoire et ses institutions et en nous donnant la possibilité de réagir et de débattre sur des sujets aussi brûlants que le projet de Traité constitutionnel. Malheureusement, trop peu d’entre nous étions informés de toutes ces problématiques.

Ces débats m’ont paru enrichissants pour deux raisons. La première, me semble-t-il, est qu’ils nous ont permis de prendre conscience qu’il existe bel et bien une communauté européenne : nous avons les mêmes préoccupations, les mêmes questionnements, les mêmes désirs parfois. La seconde raison est que, la plupart d’entre nous étant en intégration scolaire dans des établissements d’enseignement secondaire ou supérieur, il était intéressant de discuter de certains problèmes spécifiques au handicap visuel, comme par exemple l’image de soi, avec d’autres jeunes concernés.

Mais le week-end, nous partions en excursion. Nous avons dormi dans une maison ancienne non sans charme : un grand jardin, des escaliers étroits … Le premier week-end, nous avons rendu visite aux Amis des aveugles, une association belge dont des membres nous ont fait goûter au plaisir de la pétanque adaptée pour les déficients visuels, du tandem et de la promenade. Ils nous ont aussi présenté du matériel adapté qui n’existe malheureusement pas encore dans tous les pays qui étaient représentés, comme en Roumanie par exemple. Lors du second week-end, nous avons été accueillis dans un musée un peu particulier : il combinait en effet le savoir et le sport. Ainsi, le samedi, nous avons visité deux expositions : une sur le corps humain et l’autre sur les mines, très nombreuses dans la région de la Belgique où se trouve ce musée. Et le dimanche, nous avons fait du sport : en équipe, nous devions réussir des épreuves sportives mais aussi répondre à des questions sur des expositions du musée. C’était assez amusant et original, surtout quand il a fallu sauter en hauteur ou encore à la perche, tirer à l’arc ou bien courir le plus vite possible (j’ai ainsi découvert ce qu’étaient réellement des « starting blocs » !).

Je pourrais encore écrire des pages et des pages pour tenter de décrire l’ambiance, les soirées avec leurs danses et leurs discussions interminables… Mais il faut s’arrêter. Ce que j’ai retenu de VIEWS, c’est que maintenant que j’entends parler d’un pays qui y était représenté, ce pays ne représente plus seulement quelque chose de vague mais des individus, des personnalités, des voix, la sonorité d’une langue et des bons souvenirs passés ensemble. Et au fond, n’est-ce pas cela, l’Europe ?…

Aliénor VAPPEREAU