Session Nationale 2012

à la Pommeraye
En juin 2012, la rencontre des Amitiés Pouget chez les sœurs de la Providence de la Pommeraye avait pour thème : « Comment rester fidèle aux vœux que j’ai prononcés autrefois, de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, avec le handicap visuel dont je suis atteint ? »

Le Père Marie-Joseph SEILLIER nous a aidés à réfléchir et à approfondir notre engagement.

Il est prêtre diocésain, actuellement directeur d’un centre spirituel à Challais-les-Marais en Vendée et professeur d’Histoire de la Spiritualité au Séminaire de Nantes. Le projet de son exposé est de nous parler des conseils évangéliques pour nous permettre de chercher notre manière de les vivre aujourd’hui.

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Autour d’un repas

Avant de commencer : distinguons les conseils évangéliques des préceptes et des commandements.

Les 10 commandements écrits sur les Tables de la Loi, et dont Jérémie et Ezéchiel diront qu’ils sont même écrits dans nos cœurs, sont des paroles de vie : si on les accomplit on choisit la vie, si on les néglige alors on glisse vers la mort.

Ces 10 commandements, les Pharisiens et Jésus lui-même résumeront en : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toutes tes forces et tu aimeras ton prochain comme toi-même », qui deviendra le précepte central.

En St Jean, on lit : « Si vous observez mes commandements, vous demeurerez en mon amour … et voici mon commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » « Il n’y a pas d’amour plus grand que de se dessaisir de sa vie pour ceux qu’on aime ». 

St Paul dans l’épître aux Romains : « Celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi … l’amour ne fait rien de mal au prochain ». Donc l’accomplissement parfait de la Loi c’est l’amour.

C’est cela le commandement du Seigneur ; c’est là qu’il faut aller, sinon on ne peut pas le trouver !

Les conseils évangéliques sont des conseils pour atteindre cette plénitude de l’amour.

Le Concile Vatican II y fait allusion lorsqu’il parle de l’appel à la sainteté. La sainteté de Dieu nous est offerte ; la sainteté de l’Eglise se manifeste dans les fruits que l’esprit produit dans les fidèles … elle s’exprime en chacun de ceux qui tendent à la charité parfaite.
Cette sainteté apparaît de manière caractéristique dans la pratique des conseils évangéliques. Des conseils, non des obligations mais des chemins que l’on peut prendre : « si tu veux », si tu veux t’approcher du Christ, si tu veux vivre ton baptême … donc un don offert à ceux qui veulent suivre le Christ, à vivre selon l’état de vie choisie.

L'assemblée au cours de la célébration

Dans la Bible, qu’est-ce qui est dit autour de la pauvreté ?
Dans St Mathieu, c’est la première béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, le royaume des Cieux est à eux » ; Cette pauvreté n’est pas présentée comme une vertu, mais comme une situation plus propice pour recevoir le Règne de dieu.
Jésus se présente comme envoyé aux plus vulnérables qui sont les préférés de Dieu. Aux disciples de Jean qui l’interrogent : « Es-tu celui qui doit venir ? », il fait répondre : « La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres », comme si c’était son rôle premier.
Dans l’épisode du jeune homme riche : « si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne- le aux pauvres, tu auras un trésor dans les cieux puis viens et suis-moi ».

On voit là l’insistance de Jésus sur l’importance de la pauvreté du cœur pour vivre à sa suite, pour celui qui choisit de le préférer en toute liberté.

On lit encore : « N’amasse pas de trésor sur la terre mais un trésor dans les cieux car là où est ton trésor, là aussi est ton cœur ».
Jésus a vécu dans le monde une situation de pauvreté de cœur (cf. Ph2, 6-11) : « il s’est dépouillé lui-même prenant la condition de serviteur ; comme le disait le Père Huvelin à Charles de Foucauld : « il a pris la dernière place par amour ».

Le Christ s’est fait pauvre, obéissant, chaste ; les conseils évangéliques nous invitent à vivre dans ces attitudes vécues par le Christ lui-même. Tout baptisé qui veut s’approcher du Christ doit vivre comme le Christ lui-même.

Voyons comment le Christ a pu vivre cette pauvreté, cette chasteté, cette obéissance.

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Les célébrants

Jésus est entré dans le monde avec une pauvreté fondamentale : celle de ne pas maîtriser le cours des évènements. Né au hasard d’un déplacement, il a vécu à Nazareth apprenant le savoir-être d’un charpentier, le savoir-vivre d’une région ; il n’aura pas, comme Jean- Baptiste, la réputation d’un ascète. Le blé qui pousse, la pièce perdue dont la femme s’inquiète … on sent une proximité de la vie concrète des gens ; et surtout Jésus choisit de tout recevoir du Père. Dans le passage des Tentations, on voit apparaître les trois conseils évangéliques : il refuse de se suffire à lui-même, il refuse de prier pour devenir célèbre, il refuse les richesses du monde … il reçoit tout de son Père, il est sans pouvoir, sans défense devant les hommes, parce qu’il les appelle, les invite à le suivre mais il ne force personne, il ne s’impose pas, il frappe à la porte et attend le bon vouloir de l’autre. Sa pauvreté, sa liberté intérieure, c’est comme un espace qu’il va ouvrir où Dieu et l’homme peuvent se rencontrer et nouer une alliance. Le christ crée un climat où chacun garde sa liberté.

Jésus est doué d’une sensibilité humaine et spirituelle : il vibre de joie à cause de la bonne nouvelle qu’il veut annoncer à tous, il s’émerveille devant la beauté de la Création, il se laisse toucher par la souffrance de ceux qu’il côtoie, il voit les malades qui sont sur son chemin, il entend les cris qui expriment le désir d’être reconnu, réhabilité, réintégré dans la société ; parfois il est comme touché malgré lui, il se laisse déborder par la foi de celui qui l’appelle. Sa passion pour Dieu et pour les hommes le rend capable de bonheur pour lui et pour les autres. Ses gestes de guérison, ses paroles de pardon s’alimentent à la même source : sa volonté d’actualiser le Royaume déjà là, offert à ceux qui pleurent, à ceux qui ont faim. Pour lui, le malade n’est pas « un cas », mais est une personne à part entière, digne d’être regardée, écoutée, touchée. Il révèle même au malade la vraie nature du mal qui le blesse : tout en refusant de faire un lien entre la maladie et le péché, ce qui fait le plus souffrir l’homme, c’est ce qui a blessé le cœur. Il refuse de posséder l’amour des autres : il laisse partir ceux qui l’avaient suivi.

Pour ce qui concerne son obéissance : il n’est pas dépendant du regard que les autres ont de lui, il est relié à l’écoute du Père ; il donne sa vie en rançon pour la multitude et ne cherche en rien sa réussite personnelle, il préfère affronter la mort que de renoncer à sa mission.
Parce qu’il a vécu pauvre, chaste, obéissant, nous pouvons engager notre vie à sa suite avec les conseils évangéliques. L’appel à la sainteté adressé à tous les chrétiens, c’est la sainteté de la Trinité, un don gratuit offert à tous ; cette sainteté va se vivre comme une vocation, elle n’est pas toute faite, elle passe par notre liberté : « Deviens ce que tu as reçu, le corps du Christ ».

Pour les religieux, les conseils évangéliques sont vécus dans des vœux pour qu’ils deviennent une mémoire vivante de l’amour du Christ. Pour les prêtres, ils sont vécus comme des engagements pour la mission ; tout doit exprimer la charité du christ Pasteur. Pour les laïcs, les conseils sont vécus comme des formes qui rappellent les chemins les plus sûrs pour suivre le Christ (sobriété, écoute de Dieu et des autres, service). Pour les diacres, ils ont à inventer leurs manières de servir pour que leur vie traduise les vœux au milieu du monde d’aujourd’hui.

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Détente, visite musée de la batellerie

Pour aujourd’hui : vivre la pauvreté dans une société globalement riche, nous fait nous interroger sur les moyens que nous prenons, et chercher la place du partage.
Pour l’obéissance, dans un monde égocentrique, réfléchir à notre attitude d’écoute : écoute profonde de dieu et écoute profonde de l’humanité qui est autour de moi, répondre à ce que l’on a entendu ; chemin d’humanisation pour donner sa place à chacun et prendre la mienne, donner place au dialogue.
La mission que l‘on a, c’est toujours une mission que l’on reçoit, non une mission que l’on se donne’’.
Pour la chasteté, face à un monde où la moralité se perd, revenir aux racines d’un amour qui ne cherche pas à posséder l’autre mais qui le respecte, d’un amour large qui peut aimer chacun. La chasteté c’est la qualité de l’amour.

Notes prises par Soeur Françoise VIDAL.