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Reportage sur Sylvain Nivard dans le numéro 216 de la revue Ombres et Lumière

Dossier Handicap et citoyenneté de la revue Ombres et Lumière, numéro 216, mars/avril 2017

Reportage : Écharpe tricolore et canne blanche
Par Florence Chalet - Photo Cyril Chigot


Aveugle, Sylvain Nivard accomplit son deuxième mandat en tant qu’édile de Méry-sur-Cher, un village proche de Vierzon (Cher). Nous sommes allés à sa rencontre pour découvrir un jour de conseil municipal le quotidien de « Monsieur le Maire » !

Méry-sur-Cher, 700 habitants, un village étendu, situé à 7 km à l’est de Vierzon. « La place du village, l’église, et la mairie se trouvent à trois endroits différents situés à 500 mètres les uns des autres », explique Sylvain Nivard, son maire. Non-voyant il en connaît pourtant la géographie comme sa poche et est capable de se représenter mentalement les rues, les places ou le futur stade multisports dont il est question ce jour-là lors d’une réunion avec une paysagiste de Bourges qui en est le maître d’oeuvre. Le soir même, certaines options devront être validées au conseil municipal. Il s’agit de faire le point.
« J’ai la chance d’avoir une mémoire visuelle, même si c’est paradoxal, poursuit le maire. Si on guide ma main sur un plan, je visualise l’environnement, l’espace. »
Réélu en 2014 après un premier mandat, Sylvain Nivard a d’abord appréhendé cette fonction à travers son père qui a lui-même administré la commune pendant 32 ans. Marié, jeune retraité à 55 ans après 33 ans passés en tant qu’ingénieur chez IBM, il partage désormais son temps entre la mairie et Paris où il réside et est également engagé dans l’association du Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes (GlAA). « Quand je ne suis pas à Méry pendant un moment, ça râle mais ceux qui ont envie d’être bienveillants mesurent mon engagement. D’un point de vue humain, j’apprends beaucoup. Au début, au conseil municipal, je faisais de grandes démonstrations pour que tout le monde vote blanc, et tout le monde votait noir. J’ai compris que tout n’était pas rationnel, qu’il fallait écouter les émotions des uns et des autres, les peurs, les résistances au changement. Je ne suis pas toujours au diapason, mais j’essaie. Faire travailler ensemble un rond et un carré, une artiste et un technicien, c’est ma fierté. »

Potentiel d’humanité

Sylvain a une clairvoyance, une facilité pour montrer le chemin à suivre à son équipe s’enthousiasme, Rached Ait Slimane, l’un de ses adjoints. Au début, je m’interrogeais sur la manière de travailler ensemble au quotidien du fait de son handicap. Aujourd’hui, je finis presque par l’oublier. Sylvain a une énergie ! Avis partagé par Véronique Callard, l’une des deux secrétaires qui doivent le suivre. Pour elle, le plus difficile a été d’apprendre à guider sa main pour qu’il puisse signer par exemple les registres. « J’ai mis un an à m’adapter », avoue-t-elle.
Gros bosseur au fort tempérament, Sylvain Nivard reconnaît qu’il a toujours foncé et été très exigeant avec lui-même, une exigence reçue de son père : enfant, alors malvoyant, il n’était pas question qu’il reste à la maison quand ses sœurs et ses cousins partaient à vélo. Il suivait au risque de se faire quelques bosses. « J’ai toujours eu très envie d’avoir ma place et d’être considéré comme tout le monde » témoigne-t-il tout en reconnaissant qu’il est né dans un milieu privilégié qui l’a porté.
A la fois classique -il ne se dépare jamais de son foulard en soie- et simple, « Monsieur le Maire » ne recule devant rien. « J’ai moins de difficulté que d’autres à sortir de ma zone de confort. Cet un fruit de mon handicap. » Féru de musique, d’histoire et de vin, il pratique aussi la course pied et a fait le chemin de Compostelle avec sa femme en partant de Méry ! L’année dernière, un accident de ski -il est tombé la face contre un rocher- l’a néanmoins freiné : « Je pense que j’ai encore du chemin à faire pour accepter mon handicap. Peut-être que le Sylvain qui voulait courir plus vite que les autres a fait son temps et que je peux maintenant capitaliser sur mon potentiel d’amour et d’humanité. »

Synthèse vocale

Soucieux de préserver l’identité du village pour que celui-ci ne devienne pas la banlieue de Vierzon et garde ses sentiers et espaces verts, le maire de Méry et son équipe s’attellent à un projet d’espace intergénérationnel. Il en est question à l’ordre du jour du conseil municipal ce soir-là ainsi que du nombre de places de parking dans le cadre du réaménagement de la place de l’église, d’un projet de chicane au croisement de deux départementales, des indemnités du maire qu’il souhaite baisser au niveau précédent… Muni d’une oreillette qui le relie à une synthèse vocale, au débit impressionnant, Sylvain Nivard navigue sur son ordinateur à la recherche des documents dont il a besoin pour mener la réunion. « Un autre enjeu pour Méry est de faire en sorte que la commune ait encore une âme, qu’il y ait des associations qui fonctionnent des animations, et que les habitants se connaissent », commente Sylvain Nivard. Résister à la pression foncière et à celle de l’individualisme…

Lien vers le site de la revue : http://www.ombresetlumiere.fr/
Lien vers la revue complète en ligne : https://madmagz.com/fr/magazine/1010357#/
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Image Sylvain Nivard dans le numéro 216 d’Ombres et Lumière