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Louis Braille - l’homme, le symbole

par Marcel Chalaye
L’art de parler aux yeux ;
l’art de parler au toucher…

L’Homme :

Louis Braille est né le 4 janvier 1809 à Coupvray en Seine et Marne ; son père exerce la profession de bourrelier [1].

En 1812, il a 3 ans ; en jouant dans l’atelier paternel, il se blesse à un œil. Malgré les soins, l’infection gagne l’autre œil et Louis devient aveugle. Plus tard il va à l’école de son village où il apprend oralement ce que l’on enseigne aux enfants. A 10 ans, le 15 février 1819, Louis Braille est admis à l’Institut Royal des Aveugles à Paris.

C’est en 1816 que l’école des aveugles fondée par Valentin HAÜY à la fin du XVIIIe siècle est transférée dans l’ancien séminaire Saint Firmin, situé entre le Quartier Latin et le Jardin des Plantes. Le bâtiment vétuste et insalubre, où la tuberculose faisait des ravages, abritait une centaine d’enfants aveugles (garçons et filles).

C’est avec la méthode de Valentin Haüy que Louis Braille apprit à lire et à écrire. La lecture était enseignée au moyen de lettres de l’alphabet en relief obtenu par le gaufrage du papier. L’écriture se faisait par l’impression en relief des lettres de l’alphabet.

Le solfège, le chant et la musique étaient enseignés de façon orale. Le déchiffrement des lettres rendait la lecture laborieuse et lente.

Louis Braille était un élève très intelligent. En 1828, à l’âge de 19 ans, il fut reçu au poste de répétiteur. Lorsque les répétiteurs aveugles accédèrent aux postes de professeurs, Louis Braille fit partie de la première promotion.

En 1819, un homme, Charles Barbier, allait par son invention révolutionner les méthodes d’apprentissage de la lecture et de l’écriture des aveugles.

Nicolas Charles Marie BARBIER DE LA SERRE est né à Valenciennes le 18 mai 1767. En 1782, il entre à l’école militaire. Il en sort avec le grade d’officier d’artillerie. Pendant la période révolutionnaire, il émigra aux Etats Unis puis il revint en France où il se passionna pour les écritures secrètes.

En 1808 Charles Barbier publie un tableau d’expédiographie  [2] et, l’année suivante, une méthode pour écrire sans plume ni crayon à la vitesse de la parole. Cette méthode appelée aussi écriture nocturne permettait de recevoir et d’envoyer facilement des messages codés. Charles Barbier, jusque là, n’avait pas songé aux aveugles, mais en 1819, il expose son procédé au musée des produits de l’industrie.

L’Institution Royale des Aveugles avait également un stand à cette exposition ; Charles Barbier a été témoin des efforts et des difficultés rencontrées par les enfants aveugles qui faisaient des démonstrations de lecture et d’écriture. C’est sans doute à cette occasion qu’il mit au point son écriture nocturne sonographique à l’usage des aveugles. Il s’inspira certainement du procédé de P. LANA qui en 1670 décrit un classement de lettres en tableau en utilisant des points saillants pour les reconnaître.

C’est en mars 1821 que Charles Barbier est reçu à l’Institut Royale des Aveugles, pour présenter son procédé.

En décembre 1823 une démonstration a lieu à l’Institut en présence de nombreux scientifiques ; elle montre la supériorité de l’écriture sonographique de Charles Barbier sur le système de lecture traditionnelle, ce qui fera dire à Messieurs LACEPEDE et AMPERE :

« l’écriture ordinaire est l’art de parler aux yeux, le procédé d’écriture de Monsieur Barbier est l’art de parler au toucher » En 1824 le procédé Barbier entre officiellement à l’Institut Royale des aveugles. Il est enseigné parallèlement au système traditionnel. Si le procédé de Charles Barbier apporte un progrès réel sur l’éducation des aveugles, il présente un inconvénient majeur : c’est un procédé sonographique sans ponctuation qui ignore l’orthographe. De plus il est inutilisable pour le calcul.

Les jeunes aveugles de l’école, furent enthousiasmés par le procédé Barbier qui leur apportait une facilité de lecture et d’écriture inconnue jusque là. L’effervescence était grande pour tenter d’améliorer le système Barbier.

Louis BRAILLE participait aussi à cette recherche. Dès 1825 (il n’a que 16 ans), son procédé est au point ; il se révèle bien supérieure à tous les autres systèmes.

Le génie de Louis Braille fait qu’il codifie avec 6 points disposés en 58 combinaisons, toutes les lettres de l’alphabet, la ponctuation, le solfège, les chiffres, les signes mathématiques, l’algèbre et la géométrie !

En 1829 parut un ouvrage de Louis Braille qui avait pour titre : « Procédé pour écrire l’écriture, la musique et le plain chant au moyen de points saillants à l’usage des aveugles et disposé pour eux ».

Cet ouvrage est considéré comme l’acte de naissance officiel de l’écriture Braille. En 1830 le procédé Braille est utilisé à l’école pour faire les devoirs. En 1839, Louis Braille publia la version la plus élaboré de son système musicographique ; cette version à peine modifiée est encore en usage aujourd’hui.

Louis Braille avait une santé fragile, en 1835, à l’âge de 26 ans, se déclara la tuberculose qui devait l’emporter. En 1843 l’école fut transférée Boulevard des Invalides (dans des bâtiments neufs et aérés) où elle se trouve encore aujourd’hui, mais Louis Braille était trop malade pour que ce changement puisse améliorer sa santé, son état s’aggrava et en décembre 1851 il reçut les derniers sacrements.

Le 6 janvier 1852 au début de l’après-midi il reçut le viatique ; il mourut vers 7 heures du soir. Il était âgé de 43 ans. Sa Messe de sépulture fut célébrée dans la chapelle de l’Institut des Aveugles à Paris. Il fut enterré dans son village natal, à Coupvray, le 10 janvier 1852. Le 22 juin 1952, les cendres de Louis Braille ont été transférées au Panthéon a Paris.

Le symbole :

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Buste statue de Louis Braille
Buste de Louis Braille avec inscription dessous.

On a opposé Charles Barbier à Louis Braille en disant que les aveugles avaient privilégié le système de l’aveugle au détriment de celui du voyant. Si l’écriture des aveugles ne fut pas appelée le barbier-braille la faute en revient à Charles Barbier qui refusa toujours les modifications proposées pour améliorer son invention.

Louis Braille, en s’inspirant du procédé de Charles Barbier, a inventé une nouvelle forme d’écriture pour les aveugles. Dans les ouvrages qu’il composa, il rend hommage à Charles Barbier qu’il appelle « le précurseur » Il écrit : « sans l’invention de Monsieur Barbier, je n’aurais pas pu développer mon système d’écriture ; notre reconnaissance va à Monsieur Barbier qui, le premier, a eu l’idée d’un système à points saillants pour l’écriture des aveugles ».

En France, Il faudra 30 ans pour que le Braille supplante l’écriture en relief de Valentin Haüy, et 60 ans pour que le braille soit adopté dans le monde comme l’unique écriture des aveugles.

En 1837 l’Institut des Aveugles de Paris imprima en Braille le Notre Père en 6 langues (latin, français, italien, espagnol, allemand et anglais), et le diffusa aux écoles d’aveugles qui existaient dans le monde. En 1860, le premier livre imprimé en braille hors de France fut l’évangile selon Saint Jean, à Lausanne, en Suisse et en 1866, la première édition de la Bible en Braille fut la Bible protestante d’OSTERWALD, 32 volumes in-4°, 24 pour l’Ancien Testament, 8 pour le nouveau, soit 4600 pages d’un poids total de plus de 60 kilos.

Louis Braille est, pour les aveugles du monde entier, un symbole, le symbole de l’aveugle apportant à ses frères aveugles les clés de la culture, de la musique et de la science, l’égalité intellectuelle avec les voyants.

Aujourd’hui, comme hier, le braille est l’instrument privilégié de communication et d’intégration des aveugles dans la société.

Vous trouverez à la sonothèque du G.I.A.A. à Paris :

  1. Louis BRAILLE, une émission de France culture.
  2. Pour les jeunes, Louis BRAILLE l’enfant de la nuit, par Margareth Davidson.
  3. Le livre le plus complet, La vie et l’oeuvre de Louis BRAILLE, par Pierre Henri.

A Coupvray, la visite de la maison natale de Louis Braille, transformée en musée, permet de connaître de plus près la vie de cet homme simple et généreux.

Maison Natale de Louis Braille,
 13 rue Louis Braille,
 77700 COUPVRAY
 Tel : 01 60 04 82 80.

Marcel Chalaye
 Président des « Amitiés Pouget »,
 Section du GIAA.

[1] Jusque vers les années 50, il n’y avait pas un village qui n’ait son Bourrelier. C’est lui qui faisait et entretenait les harnais des chevaux, les coussins et courroies qui servait à mettre les boeufs au joug, sans oublier les toiles des moissonneuses-lieuses, ainsi que bien d’autres bricoles. Dans son atelier nous voyons certains outils, que nous retrouvons par la suite chez le cordonnier : pince à coudre, alênes, pinces à tirer etc… Comme pour le maréchal-ferrant son atelier était, pour les paysans, un lieu de rencontre, car en amenant un harnais à réparer il n’était pas rare d’y rester une demi-heure à discuter avec lui et d’autres collègues. Une fois par an au printemps, il allait dans les fermes, pour une grande révision des harnais de l’exploitation, les réparer, si nécessaire, et les graisser. Suivant l’importance de la ferme, il pouvait y rester plusieurs jours.

[2] Système d’expédition de messages codés.