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Le journal de la délégation Aquitaine mars 2009
ÉDITORIAL
Une information en date du mois de Mars concernant les championnats du monde de voile des personnes handicapées visuelles a suscité en moi des interrogations. Devait-on s’émerveiller devant un tel exploit ? la réponse est oui, sans aucun doute. Pour autant, cela reflète-il les préoccupations de la grande majorité des personnes handicapées visuelles « empêtrées » dans leur vie quotidienne, et là, la réponse est absolument, non. Je ne vous donnerai pas cette information que les médias se sont empresser de relayer mais il faut avoir une conscience aiguë de la réalité de la vie d’une personne déficiente visuelle et de l’aide à laquelle elle peut s’attendre. Lorsque je parle des personnes déficientes visuelles, je ne parle pas que de celles répertoriées, identifiées, reconnues comme « ne pouvant pas accomplir certains actes de la vie de tous les jours » mais, de l’immense majorité de celles qui sont mal (parfois très mal) voyantes dans l’anonymat le plus complet. Régulièrement dans les pages des magazines on nous parle de ceux qui se sont fait connaître pour avoir accompli des exploits extraordinaires, maintes fois gonflées dans le sens médiatique mais cela ne correspond qu’à une infime part de la population handicapée. Oui, cela fait tellement plaisir de savoir qu’un aveugle peut sauter en parachute, piloter un avion, faire de la voile, etc… , car, bien sûr, cela existe réellement, mais cela ne représente qu’une infime part du public handicapé. Quelle peut être la réaction de nos abonnés, est ce un encouragement à se dépasser ou est ce démoralisant car on peut se dire : « je n’y arriverai jamais ». Si l’on devait s’interroger sur certains exploits, il suffirait de s’intéresser à la vie d’une mère de famille aveugle élevant seule ses enfants. Là, l’exploit est probant, il est permanent, épuisant et ne s’arrêtera que lorsque les enfants n’auront plus besoin des soins attentifs de leur mère. Que dire des personnes âgées qui attendent vainement un renseignement concret sur les loisirs qui leur permettrait de mieux supporter la solitude et l’ennui et qui n’obtiennent pas de réponse. Ceux, aussi, qui sont depuis quelque temps dans l’état de mal-voyance et sont en recherche de cours de formation, pas seulement pour un emploi mais, pour mieux gérer leur vie, toutes ces personnes qui bien souvent n’entrent pas dans les cases adéquates des formulaires administratifs ne savent où s’adresser pour obtenir de l’aide. Les étudiants mis à part, c’est vers cette part du public handicapé que se portent tous nos efforts, on nous dit cependant qu’il n’est pas facile de nous trouver, hé oui, que voulez vous, nos travaux ne sont pas de ceux que l’ont met à la Une. Pourtant, notre association est connue mais, comme l’on dit, seulement dans des « milieux autorisés » qui ne se bousculent pas pour relayer l’information. La télé, les journaux ne s’intéressent pas à « ces gens là », ceux pour lesquels le courage au quotidien, la force de vivre chaque jour renouvelée , demeurent le seul exploit.
Béatrix Alessandrini
