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Le GIAA présent à l’Unesco pour la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (23 avril 2015)

Le GIAA était présent à l’Unesco pour la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur ! Cette journée est l’occasion de reconnaître le pouvoir des livres pour améliorer nos vies et de les soutenir, ainsi que ceux qui les produisent. Plusieurs groupes d’enfants ont pu être sensibilisés à la lecture face au handicap visuel grâce à nos 2 stands : braille et basse vision.

Pour ceux qui auraient raté la conférence de Marie-Renée Hector, voici son texte :

Origine et modernité - Le Braille, une lecture en action

LA LECTURE EN ACTION

C’est à l’empathie et à l’intelligence de Valentin Haüy que les aveugles doivent, depuis 231 ans, leur premier pas dans l’éducation scolaire. 25 ans avant l’entrée de Louis Braille à l’Institut Royal des Aveugles de Paris, quarante-deux ans avant que ce dernier ne mette au point le système d’écriture en points saillants, basé sur une cellule de six points permettant de former les lettres par combinaisons des points entre eux, qui portera ensuite son nom, le premier aveugle qui apprit à utiliser ses doigts pour la pratique de la lecture fut François Lesueur. La statue, placée au centre de la cour principale de l’Institut National des Jeunes Aveugles du 56 boulevard des Invalides à Paris, le représente d’ailleurs avec Valentin Haüy lui-même, qui fut le premier à penser qu’il était possible d’enseigner la lecture et l’écriture aux aveugles. En effet, il fut le premier à observer François Lesueur, jeune mendiant de dix-sept ans, comptant ses pièces en les touchant. Il en déduisit que si ce jeune homme pouvait compter en reconnaissant la valeur des pièces, il devrait lui être également possible de reconnaître les lettres de l’alphabet grâce au sens du « tact » (c’est ainsi que l’on désignait alors le sens du toucher). Il sut déceler puis mettre en évidence les capacités intellectuelles de son premier élève aveugle. Il y eut ensuite une célèbre démonstration de lecture devant le roi Louis XVI, suivie de plusieurs étapes historiques du développement du premier Institut Royal des aveugles. C’est au sein de cet Institut que le jeune Braille fut élève.

Si les aveugles montrèrent rapidement leurs aptitudes intellectuelles et tactiles, la lecture se faisait au moyen des caractères utilisés par les lecteurs ordinaires, les voyants, ces caractères étant gaufrés et ressortant donc en relief blanc sur blanc. L’écriture « en blanc » des aveugles s’opposait donc à l’écriture encrée « en noir » ; d’où le fait que, parlant de l’écriture ordinaire d’imprimerie, les déficients visuels francophones la désignent toujours « comme l’écriture noir » en opposition à l’écriture « Braille », indépendamment du fait que l’encre ne soit pas uniquement noire dans les documents imprimés. Si lire devenait ainsi possible, l’exercice demeurait cependant d’une grande lenteur. Pour être plus rapide, les caractères auraient eu besoin d’être plus larges. Ils étaient suffisamment épais mais trop serrés pour être rapidement reconnus. Ayant fait plusieurs fois l’expérience de cette lecture, j’en ai conçu une véritable admiration pour les aveugles qui n’avaient que ce moyen-là pour accéder à la lecture. Les lettres attachées aux traits épais et très rapprochés se différencient très difficilement au toucher. Agrandis, ces caractères auraient donné des livres trop énormes pour être même transportables.

C’est ce que le jeune Louis BRAILLE constata rapidement après être entré à l’école des aveugles. Si l’idée de l’utilisation de points pour son écriture lui fut inspirée par la sonographie du Capitaine Barbier de la Serre (système formé de points pour transcrire des sons, afin que les soldats puissent communiquer la nuit), il comprit, inventa, puis expérimenta son idée d’écriture avec ses camarades aveugles. Grâce à elle, les aveugles pouvaient communiquer et échanger leurs idées, ce qui déplut fort aux maîtres de l’époque, d’où l’opposition au Braille de bon nombre de professeurs voyants , qui le jugeaient marginalisant et dangereux (les élèves pouvaient communiquer sans que les voyants ne comprennent leurs écrits).

Nous passerons ici sur toutes les étapes historiques heureuses et beaucoup moins heureuses que connut l’arrivée de notre écriture Braille dans l’éducation des aveugles. Ce qui importe ici, c’est ce qu’elle a apporté à ses utilisateurs, ce qu’elle apporte et apportera à l’avenir.

Pour mieux comprendre l’importance de la lecture et de l’écriture chez les aveugles, voyons ce que l’écriture a apporté au monde en général. Pendant des siècles, ce fut la parole qui demeura le véhicule essentiel de la culture et des savoirs. Les textes les plus utilisés et les plus lus étaient ceux qui régissaient la vie collective : tablettes comptables, registres de propriété, lois. Pourtant, lorsque les connaissances s’élargirent, lorsque les religions se développèrent à la surface de la planète, les hommes éprouvèrent le besoin de pérenniser, en quelque sorte sur un support physique qui puisse bénéficier d’une plus large communicabilité. D’où les moines copistes et la naissance de l’imprimerie industrialisée.

Donc, comme les aveugles riches qui, avant le Braille, pouvaient se cultiver grâce à l’écoute d’une lecture faite à haute voix par des membres de leur famille ou des amis, ou par les précepteurs de leur fratrie, les peuples Anciens se cultivaient majoritairement par l’audition, à l’écoute de sermons religieux, de récits épiques, de poésies et de contes. L’accession à la culture était un acte plus collectif.

Ce que la lecture offre, une fois sa pratique maîtrisée, c’est l’accès individuel à la pensée et au savoir, la communication personnelle et directe avec l’objet littéraire, scientifique ou artistique à découvrir. L’écriture Braille, comme toutes les autres écritures l’avaient fait, a permis aux lecteurs aveugles un accès personnel à l’information et au savoir.

Cependant, aucune des façons d’aborder l’information et le savoir ne doit se présenter comme objet d’opposition à l’une ou à l’autre. Ce qui importe, c’est à présent le moment et les conditions dans lesquelles chaque personne y a accès, tout autant que la manière dont elle en fait usage.

En effet, pour en revenir à la population des déficients visuels, disons que celle-ci est fort diverse. Elle comprend des enfants aveugles et très malvoyants pour qui le braille doit être l’écriture première dès la maternelle, les adolescents et adultes qui perdent la vue totalement ou partiellement par suite de maladie ou d’accident de la vie. Parmi cette dernière catégorie, certains apprennent le Braille, mais la majorité des plus âgés a des difficultés à dompter le sens tactile. chaque histoire est individuelle car, pour des raisons tout à la fois psychologiques et physiologiques, il n’est pas facile de transférer au sens du toucher une information que l’on recevait auparavant par le sens de la vue.

Valentin Haüy avait lui-même remarqué que les élèves auxquels il restait un peu de vision avaient plus de difficultés à se résoudre à n’utiliser que leurs doigts pour la lecture. De nos jours, les productions en gros caractères d’imprimerie, de livres audio et numériques ouvrent des portes à tous et à chacun, suivant qu’il voit encore mal mais suffisamment, qu’il ne voit plus du tout et soit jeune ou âgé.

Un malvoyant qui devine plutôt qu’il ne perçoit un texte en gros caractères sera un meilleur lecteur si, dès l’enfance, il pratique le Braille. Encore faut-il que son entourage le comprenne et l’y encourage. Malheureusement, la réticence des adultes risque de confronter ces jeunes à un quasi illettrisme que bon nombre de pédagogues spécialisés ont trop souvent l’occasion de déplorer et de combattre.
Cependant, dans le cas d’adultes ayant été de bons lecteurs avant la perte de leur vue, le recours à la lecture audio est la solution immédiate. Pour eux, à moins d’une volonté réelle, le plaisir de la lecture se perd quand la perception tactile rend la lecture trop lente. Pour eux, la lecture en Braille se limite à des étiquettes ou à des textes courts seulement.

De nos jours, le danger est, pour les jeunes en apprentissage, de passer au tout audio et d’être de nouveaux illettrés. Il faut bien se dire que si les formes d’écriture n’avaient pas été indispensables pour développer les diverses lois,la connaissance et l’information, l’être humain n’aurait pas été assez idiot pour pérenniser l’usage de techniques parfaitement inutiles au progrès de son existence.

Le Braille, quant à lui, ne s’oppose pas au progrès technique. Il l’accompagne et se plie totalement aux règles mathématiques des nombres à la puissance 2. La lecture sur plage tactile permet même au débutant de ne plus se perdre entre les lignes. Bien des aveugles bon lecteurs de livres en Braille ont autant de plaisir à lire en braille qu’à utiliser des livres audio. Ils lisent tout ce qui se trouve disponible, mais ils préfèrent les documents de qualité, quelle que soit leur forme. De même des malvoyants, lecteurs d’ouvrages en gros caractères, pratiquent aussi la lecture audio ; il en est même qui passent du Braille aux gros caractères, tout en appréciant de reposer leurs sens en lisant avec leurs oreilles. N’oublions pas les aveugles sourds qui ne sont pas toujours totalement aveugles ou sourds, pour qui toutes les techniques de lecture sont utiles au quotidien.

Depuis la bande magnétique puis la cassette, que de progrès accomplis ! Le sonore peut, à présent, se coupler avec le texte écrit. le livre sur cd est uniquement audio au format mp3 dans le commerce ordinaire. Mais sur un cd ou une clé usb, certains livres sont désormais accessibles en format DAISY, qui permet l’accès à l’audio et au texte avec certaines machines et quelques logiciels de lecture. Un texte écrit avec un logiciel de traitement de texte est à présent lisible à la fois à l’audio avec un lecteur d’écran, à l’œil avec des logiciels de grossissement des caractères, en Braille avec les plages tactiles (une plage tactile est une petite machine comprenant une ligne sur laquelle les caractères Braille se forment à l’aide de picots qui remontent ou s’abaissent en fonction de la combinaison de points nécessaires à la formation de la lettre ou de la ponctuation). Notons au passage que, pour qu’un caractère corresponde bien à un seul caractère sur ordinateur, deux points s’ajoutent au six points de base, afin de permettre de composer ainsi 256 combinaisons, ; le Braille de base n’en permettant que 64.

Le rêve de Valentin Haüy et de Louis Braille se réalise grâce aux progrès des nouvelles technologies et à l’usage désormais courant de l’ordinateur par les déficients visuels, quel que soit leur degré de vision ou l’absence de celle-ci.

Le jour où les liseuses seront équipées d’une petite plage tactile et d’un lecteur permettant la lecture audio et l’agrandissement des caractères, ce sera la fin de la ségrégation des personnes dites empêchées de lire, tout au moins pour ce qui concerne les ouvrages tels que les romans ou les textes sans tableaux et schémas divers et variés. A présent, les déficients visuels peuvent télécharger des livres sur des sites qui leur sont réservés. Ils choisissent de lire, suivant leur désir, avec leurs oreilles, leurs yeux ou leurs doigts. Pour lire, ils utilisent soit leur ordinateur, soit un lecteur mp3 ordinaire, ou des appareils spécialisés pour la lecture au format DAISY. Les livres sont téléchargés avec un ordinateur et copiés soit sur un cd soit sur une carte sd ou une clé usb pour être lus sur ces équipements.
De plus, les téléphones portables sous IOS ou Android, eux aussi, permettent à ceux qui téléchargent la lecture vocale, l’agrandissement des caractères et la lecture en Braille en se couplant avec une plage tactile en bluetooth. Les déficients visuels ont désormais plus facilement accès à la presse sur internet ainsi qu’aux journaux et revues adaptés. L’encombrement du document n’est plus un obstacle à la lecture sous quelque forme qu’elle soit et la diversité des formats des documents accessibles permet à chacun un accès personnalisé à la lecture. Le document numérique, qu’il soit audio ou textuel, devient actuellement un objet pérenne et communicable au même titre que le document sur papier.
Il nous reste à espérer que les progrès dans le domaine de l’accessibilité à la lecture numérique continueront à aller dans le bon sens, vers celui d’une accessibilité pour tous, qu’une fracture numérique ne nous atteigne pas à l’avenir, en raison de la rapide évolution des logiciels, dont certaines normes empêchent l’adaptation aux systèmes de lecture d’écran dédiés aux aveugles en particulier.

Marie-Renée Hector, Présidente du GIAA

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Illustration initiation braille
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Illustration initiation basse vision
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