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Hommage à Jean Le Reste

décédé le 29 avril 2007
(16 octobre 1920 - 29 avril 2007)
Un défenseur et un promoteur du Braille, qui fut membre des Amitiés Pouget.

Hommage à Jean LE RESTE
(16 octobre 1920 - 29 avril 2007)

D’après le texte de la biographie de Jean Le RESTE par les frères Robert BAUD et Marcel BONHOMMEAU, lu lors de la messe de sépulture, le 2 mai 2007.

Né en Bretagne d’une famille très croyante, et après des études en institutions religieuses, Jean Le Reste prononce ses vœux perpétuels en 1946 chez les Frères de Saint Gabriel.

Malgré une santé plutôt précaire qui le gêne pour le suivi de ses études, il obtient, outre le baccalauréat, le certificat d’études de langue malgache en 1951 et le certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement des aveugles en 1962.

Après vingt deux ans passés dans l’enseignement ordinaire en France et à Madagascar, Jean Le Reste, atteint d’une maladie qui lui ôte peu à peu la vue, est contraint en 1960 de se spécialiser dans l’enseignement aux jeunes aveugles.

Extrait du texte :

"Avec la ténacité qui le caractérisait, il s’est attaqué à l’apprentissage du braille, avec les doigts (comme il aimait le souligner !) et il a commencé cet enseignement à la Persagotière (école d’aveugles de la région nantaise). Il avait, entre autres, à apprendre l’abrégé braille (sorte de sténo) sans aucune méthode d’acquisition à l’époque. Avec sa rigueur et sa clarté, il a décidé de combler ce manque, et en fit une en 1962, éditée par la Persagotière.

Fort bien accueillie par les enseignants de la Fédération, cette méthode rencontre des réticences, dans l’enseignement public, en raison de phrases nettement religieuses. Quelques années plus tard, il remplacera les sources de polémique.

Il quitte Nantes et arrive à Marseille en Septembre 1966. Outre l’enseignement, il participe à la mise en place de la convention collective, à la création du comité d’entreprise et anime un syndicat (les personnels des services généraux lui sauront longtemps gré de les avoir défendus professionnellement !) et, sur le plan communautaire, il assure l’économat avec compétence et délicatesse, en particulier pour nos frères aînés.

Il quitte Marseille en septembre 1971 pour Paris où il travaille auprès des adultes. D’abord, au GIAA, Groupement des Intellectuels aveugles ou amblyopes, dans la section des Amitiés Pouget qui s’occupe des prêtres, religieux et religieuses qui perdent la vue et dans la section d’adaptation à la cécité pour tous ceux qui sont confrontés au même problème. Ensuite, il ira au Centre de Réhabilitation par le travail protégé. Il met au point sa méthode d’enseignement du braille pour les adultes pour l’intégral et pour l’abrégé.

Le Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes édite ses méthodes, consentant à toutes les mises à jour que les évolutions susciteraient.

En 1994, il fait éditer une méthode d’apprentissage du braille pour les adultes, accompagnée d’une cassette.

À son retour de Kikwit, le frère Marcel BONHOMMEAU a proposé au frère Jean Le RESTE de mettre sa méthode en écriture ordinaire avec du braille « figuré » sur ordinateur, pour la faire connaître aux enseignants « voyants » qui s’occupent d’aveugles ». Conscient de l’écart énorme entre les réalités des sensations tactiles et cette approche visuelle, il accepta un peu à contre coeur cette idée, en disant : « Si ça peut servir, pourquoi pas ? ».

Puis, il a travaillé avec Madame PERDOUX, à l’école de formation des enseignants de l’enseignement public, à Suresnes : elle a perfectionné la présentation sur site et mis ainsi la méthode à la disposition de l’éducation nationale.

L’ouvrage a été, enfin, mis sur le site de l’Association Valentin Haüy, où chacun peut le consulter, le copier, l’utiliser comme bon lui semble. La question des droits d’auteurs et de la protection de son oeuvre, etc… fut vite balayée d’un « pourvu que ça serve, c’est le principal ! »

En 2002, il faisait un « guide pratique pour le calcul élémentaire » spécialement destiné aux maîtres de l’enseignement primaire, en Afrique, qui l’avaient sollicité.

La dernière mise à jour de ses productions date de 2006 : il y en a même une qui ne doit être publiée qu’en 2007, après que la commission de réforme du braille aura publié ses dernières décisions. Comme il participait à toutes ces instances réformatrices, il pouvait adapter ses productions aux nouveautés préconisées. Il a toujours été un professionnel passionné par son travail, y pensant le jour, et même la nuit, lors d’insomnies…

Sa vie a été marquée par une épée de Damoclès : la cécité.

Pendant 50 ans, la maladie a progressé lentement, pour atteindre la cécité totale, dans les dernières années de sa vie. Il a toujours eu la délicatesse de ne pas faire peser son handicap sur son entourage, faisant tout pour maîtriser les moyens de compensation : circulation indépendante, écriture braille et machine à écrire ordinaire, utilisation de cassettes audio, etc… et veillant à ne jamais dire un mot attirant l’attention de son entourage sur son problème visuel.

Un autre aspect de cette personnalité : son esprit communautaire de partage. Sa volonté, en juillet 2006, de réunir des frères, avec lesquels il avait vécu, pour fêter ses 60 ans de voeux perpétuels, en est l’illustration.

Après un séjour de treize ans à Paris, qui s’achève en 1983 par de graves problèmes physiologiques et psychologiques, Jean vient à la Hillière d’où il ne bougera plus, afin de se refaire une santé délabrée. Face à l’épreuve qui parfois le submerge, il oppose sa volonté et son énergie, mais surtout sa confiance en Dieu et en ses supérieurs, et il prend le dessus. Dans les relations communautaires, sa sensibilité, sa gaîté, son humour corrigent une propension naturelle à l’intransigeance.

Au « Conseil de la vie sociale » qu’il préside quelque temps, ses interventions sont appréciées parce que marquées au coin du bon sens et de l’intérêt général. Il participe à l’animation des fêtes et y insuffle un supplément d’âme par de petites attentions envers autrui, sensible, par ailleurs, au moindre égard dont on l’honore.

Dans la prière personnelle et communautaire, il puise un désir d’apostolat, particulièrement auprès de ceux qui souffrent d’un handicap analogue au sien. D’où ses nombreux contacts épistolaires, téléphoniques ou autres avec les blessés de la vie, notamment les adhérents à « l’Union catholique des malades », association dont il se fit le militant enthousiaste."